«4 mois, 3 semaines» et une palme

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«On vient voir ceux qui viennent, pas la cérémonie»

2007.08.03 - Cinema - Source: WWW.LIBERATION.FR - Commentaires [0]

C'est une petite marée humaine de casquettes, de shorts, de robes à fleurs, de chapeaux de paille, de caméras et d'appareils photos qui déferle dès les 8 heures du matin aux abords de l'église Sainte-Catherine à Honfleur : dans deux heures, le cercueil du regretté Michel Serrault va arriver, sa famille et ses amis people avec, pour une cérémonie religieuse. «Il était très pieux», souffle, recueillie, une robe imprimée orange près des grilles qui cerclent la place. On s'agglutine, la sécurité fait rentrer le «grand public» par petites dizaines, la mère d'un jeune garçon trisomique très bien habillé pousse tout le monde, «merci de le laisser passer, c'est important pour lui, merci». Ce qu'on fit bien volontiers. «Aaaaaah, voilà Belmondo», s'exclame un quinquagénaire à casquette. Non monsieur, c'est Aznavour, on applaudit. «Ah, attention», dit une dame venue exprès d'Abbeville parce que «Michel était super», «voilà du 75». C'est Pierre Tchernia, «ah tout le monde vieillit», compatit la dame d'Abbeville. Et celui-là, mais qui c'est ? «C'est agaçant, hein, on les reconnaît pas tous, mais leur tête dit quelque chose, vous trouvez pas ?» Si, il semble que ce soit Bertrand Blier qui s'avance.

Lunettes fumées. «Vous avez vu Belmondo ?», demande un grand chauve en short. «Non c'est Pierre Moqué», répond son voisin. Bien vu, c'est tombé pas loin, voilà Jean-Pierre Mocky, lunettes fumées, qui entre dans la somptueuse église où il reste encore des places pour le grand public. «Ça veut dire qu'il n'y a pas tant d'invités que ça», croit savoir un monsieur, l'air entendu de celui qui est dans le secret. La famille venue de Cambrai décide d'y aller, finalement. «Nous, on n'y va pas, explique la dame d'Abbeville, on vient voir ceux qui viennent, pas la cérémonie.» Des rumeurs courent, «Sarkozy va venir, il paraît». La veille déjà, dans les boutiques du centre de la jolie ville portuaire, ça y allait bon train. Les uns, comme dans cette boutique de fringues, déplorant que cette «cérémonie religieuse se transforme en attraction touristique», les autres s'énervant de ce que le centre-ville soit bouclé, «c'est mauvais pour les affaires, quoi», l'ensemble spéculant sur la venue de Chirac.En fait, c'est le Premier ministre qui remonte la nef (oui, on est rentrée dans l'église - interdite aux journalistes - s'asseoir sur les bancs comme la dernière des midinettes), flanqué de trois ou quatre mâchoires serrées à oreillettes. «C'est Fillon, souffle, observateur, l'un des trois copains sexagénaires sur le banc de devant. François Fillon se dirige vers les bancs de la famille, et la cérémonie, assez solennelle, commence avec le passage du cercueil. Hommage de l'abbé de la Morandais qui reprend ce qu'on a déjà entendu sur toutes les télés : «Je lui ai dit : Fais-les bien rire là-haut , et j'ai recueilli après un dernier râle d'agonie son dernier sourire.» Cinq minutes d'éloge et l'abbé demande comme une petite provocation «qu'on applaudisse». Et tout le monde d'applaudir avec ferveur. Un monsieur âgé sanglote, et faut-il l'avouer, voilà que les yeux s'embuent avec l'alléluia qui s'élève vers le Seigneur.

En tongs. Passons sur la cérémonie religieuse, sobre, forcément émouvante, rappelant à tous la foi de l'acteur. Les gens se signent et chantent, le délicieux Edouard Baer arrive en retard, à la liturgie de l'adieu, la dame en tongs derrière se met à pleurer bruyamment, une ado livide a besoin des pompiers : trop d'émotion. C'est l'heure de la communion, on se tord le cou pour voir la (relativement petite) brochette de personnalités défiler, Pierre Mondy, Caroline Cellier (la veuve de Jean Poiret), l'air fondamentalement triste. Du mouvement derrière, les gens se rapprochent pour «les» voir. «On est bien placés», se félicite une dame. Daniel Prévost, Jackie Berroyer, Charles Berling (le jeune garçon trisomique s'entretient un bref moment avec lui), une vieille dame demande «mais c'est pas William Leymergie ?». Près du cercueil, l'épouse, la fille et la petite-fille du comédien reçoivent les condoléances. A la sortie, Pierre Tchernia recueille encore des applaudissements, le corbillard aussi : direction le cimetière. «Ah je sais plus qui c'est, celui-là, mais il est très connu, je te dis qu'il a tourné des films», lâche une jeunette, un peu exaltée. «Il en manque, regarde Muriel Robin, elle est pas venue. Faut dire, quand tu meurs en août, hein», dit un chasseur de people en rangeant son appareil photo.

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