Le lâchage des anciens lieutenants
«Nous étions des exécutants et c'est dur de supporter une aussi longue mise en examen pour de simples actes administratifs.» Robert Pandraud, ancien directeur de cabinet de Jacques Chirac à la mairie de Paris, confie son amertume à Libération, au lendemain de la mise en examen de l'ex-président de la République pour détournement de fonds publics.
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Début novembre, les anciens «dir cab» de Chirac à l'Hôtel de Ville (Robert Pandraud, Daniel Naftalski, Michel Roussin, Rémy Chardon et Bernard Bled), dans un courrier commun à la juge Xavière Simeoni révélé par le Point, réaffirmaient avec une touchante unanimité que leurs attributions en matière de recrutement des chargés de missions auprès du maire de Paris (460 bénéficiaires de contrats de complaisance sous Chirac, dont 26 sont considérés comme employés fictifs par la justice pénale) «étaient purement formelles, exclusives de toute appréciation».
«Complices». Pandraud précise aussitôt : «Nous ne visons ou n'accusons personne.» Mais ils sont furieux, car mis en examen depuis cinq ans alors que Chirac était protégé par son immunité présidentielle. Leur sang n'a fait qu'un tour après un arrêt de la Cour de cassation, en juin, validant les poursuites à leur encontre «comme auteurs, ou à tout le moins comme complices», de détournement de fonds publics, voire de faux en écriture publique - un crime passible de la cour d'assises. Ils plaident qu'un directeur de cabinet n'est pas comptable des deniers publics. «A tout le moins», Chirac pourrait rendre des comptes à leur place devant un jury populaire… Mais la procédure relève du tout ou rien : jusqu'en 1994, le détournement de fonds publics ne visait que les collecteurs d'impôts, avant qu'une réforme du code pénal ne l'élargisse enfin aux dirigeants de collectivités territoriales. Un non-lieu pour vice de procédure n'est donc pas exclu.
«Confiance». Selon un extrait de son interrogatoire publié par le Monde, Chirac affirme qu'il «existe une totale confiance entre le maire et son directeur de cabinet […]. Il peut arriver qu'il prenne des initiatives.» Réplique purement géographique de Pandraud : «Je suis de Haute-Loire, comment voulez-vous que je connaisse la Corrèze ?» Dans l'invraisemblable catalogue des chargés de mission, les Corréziens figurent en bonne place. «Au service des Parisiennes et des Parisiens», comme a cru bon de l'affirmer Chirac, ces permanents du RPR en Corrèze n'ont mis qu'épisodiquement les pieds dans la capitale.
Le seul réconfort de Chirac serait d'embarquer du beau linge dans sa galère. Parmi les bénéficiaires de contrats de complaisance figurent Pierre Charon (sarkozyste en diable), mais aussi des socialistes : un ex- collaborateur de Georges Sarre, actuel adjoint de Bertrand Delanoë, un ancien attaché parlementaire d'Arnaud Montebourg, pourfendeur de la chiraquie - «Je l'ai recruté en 1997, nous dit le député, mais j'ignorais qu'il avait été chargé de mission à Paris.» La plupart étant quand même des obligés de Jacques Chirac, donnons-lui la parole en dernier : «Le pays demande des comptes et ce n'est que justice. Faire passer les solidarités de parti avant la justice, voilà ce que les Français ne supportent plus.» Encore une tribune dans le Monde, mais en 1992, à propos de Fabius et du sang contaminé. Du pur Chirac.
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