Tour du proprio à «la Tribune»
Pour la première fois, les élus du comité d'entreprise (CE) de la Tribune ont rencontré hier après-midi leur futur repreneur, Alain Weill. Le patron de NextRadioTV a engagé une négociation exclusive avec LVMH, le 7 novembre, pour racheter le quotidien. Une procédure d'information-consultation a été engagée et les élus du CE attendaient des éléments concrets sur les trois volets financier, social et éditorial. «C'était une réunion technique et monsieur Weill ne nous a montré qu'une ébauche de plan», a réagi Jean-Christophe Chanut, porte-parole du CE, qui estime que Weill connaît très le dossier. Une des principales questions était de savoir comment Weill compte redresser le quotidien, qui a perdu 17 millions d'euros en 2006. «Il nous a donné des informations sur son projet, mais nous n'avons pas eu les informations financières, notamment le business plan, qui doivent nous permettre de pouvoir travailler avec nos experts» , a précisé Sandrine Bajos, élue du CE. Alain Weill s'est engagé à fournir des documents écrits détaillés aujourd'hui, et un CE en sa présence est programmé pour mercredi.
La séance, tenue en présence d'Alain Metternich, président de DI Group (le pôle médias de LVMH), avait quelque chose d'ubuesque. Le futur repreneur du deuxième quotidien économique français face au repreneur du premier, les Echos , pour lequel LVMH a signé avec Pearson le 5 novembre. En gros, deux rivaux en face-à-face sur des sujets qui peuvent justifier une confidentialité. «Les conflits d'intérêts, ça suffit !», estiment dans un communiqué les salariés de la Tribun e . Avec la nomination de Nicolas Beytout, qui doit prendre ses fonctions de PDG de DI Group lundi, «le conflit d'intérêts n'est plus virtuel. Il est organisé». LVMH a en effet annoncé qu'il «sera ultérieurement nommé président du groupe Les Echos» , dont la vente attend le feu vert des autorités de la concurrence.
Les salariés de la Tribune demandent «solennellement à LVMH que la nomination de Nicolas Beytout soit reportée après la cession de la Tribune» et «attirent l'attention de la DGCCRF [Direction de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes] pour qu'elle intervienne en ce sens auprès de LVMH». On peut toujours rêver.
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