Australie: les Aborigènes attendent des excuses nationales

Australie: les Aborigènes attendent des excuses nationales

Demain, se dérouleront les élections législatives en Australie. En cas de victoire, l'opposition travailliste a promis d'encourager la réconciliation sous la forme d'excuses nationales aux aborigènes. Lire l'article

En Italie, la difficulté à considérer l'autre comme faisant partie d'un «nous»

2007.11.09 - Monde - Europe - Source: WWW.LIBERATION.FR - Commentaires [0]

«Noi non sapremmo neanche concepire espulsioni di massa» («Nous ne pourrions même pas concevoir des expulsions de masse»): telle elle est la formule par laquelle Giulano Amato, le ministre italien de l'Intérieur, a voulu rassurer Bucarest au moment où l'Italie accueille le Premier ministre roumain, où l'opinion publique se mobilise et où on évoque la constitution de milices. La France a l'habitude de sourire du folklore italien, mais les chemises vertes de la Ligue du Nord peuvent brunir en une saison.

Glissements. La décision douteuse d'expulser des citoyens européens en Europe laisse la place à une question politique dont la philosophie doit se soucier. Elle touche à la question de savoir ce qu'il y a de commun à l'Europe pour qu'elle se présente comme une «communauté». L'horreur d'un crime a permis de cristalliser la haine de l'autre, de transformer le fait divers en fait de société, puis en mesure juridique. Aussi importants et prévisibles que soient ces glissements, l'essentiel n'est pas là. Comment «concevoir» la question de l'immigration «de masse» en Europe? Comment articuler le discours le plus propre à respecter les priorités sans les rendre contradictoires? Et qui est ce «nous» que nous constituons et face auquel «eux», les «autres», se situent ? C'est à creuser ce rapport du nous à eux qu'il faut s'appliquer.

Or, la question de l'immigration en Italie ne se pose pas dans les mêmes termes qu'en France : à nouveau ce «nous» européen est fracturé, multiple, instable, fragile. Il faudrait donc demander comment nous pouvons envisager le «nous» des Italiens face à ce «nous» européen qui devient si vite un «eux». Trois éléments au moins semblent singulariser la situation de l'immigration en Italie.

1) L'Italie fut une terre d'émigration au début du XXe siècle. Elle est devenue une terre d'immigration alors qu'elle n'a pas (ou peu) de passé colonial. Comment «concevoir» ce retournement qui transforme le «eux» en «nous»?

2) Les Italiens ont du mal à «concevoir» l'Etat comme la réalité politique de référence - ce point doit être rappelé quand on compare nos deux pays. La réalité de l'immigration, à quel «nous» s'oppose-t-elle ? A la nation ? A la région ? Comment le «racisme» Nord-Sud, qui reste fort en Italie, se combine-t-il avec ces nouveaux racismes ?

3) Enfin, quel est le poids de la religion catholique dans la conception italienne de l'immigration ? Elle est un facteur décisif de cohésion du «nous» italien. Elle pèse de tout son poids sur le gouvernement de centre gauche. N'excluons pas que ce soit à ce «nous» que Giuliano Amato ait voulu faire référence.

Cercle. «Eux» ? «Nous» ? Il n'est pas inutile de rappeler la théorie des pronoms de Viggo Brondal, le grand linguiste danois. En 1937, il propose une lecture logique des quantificateurs latins et précise les implications politiques de cette logique. Il distingue deux séries. La série intégrale qui exprime l'idée (à partir de totus) d'une masse, d'une totalité qui absorbe les individus et les transforme en parties indiscernables, dominées, ou, au contraire, qui les expulse en les niant comme unités indépendantes - unus. Cette série s'appuie sur une conception du politique comme un corps qui contrôle ses éléments par absorption, ou par expulsion, leur impose le renoncement à toute liberté ou les condamne à une liberté dans la solitude. La deuxième série, numérique (nemo- quis-alius-omnis) représente un style quantitatif plus raffiné. Omnis exprime la réunion d'individus dans une communauté qui reconnaît la réalité indépendante de ses composantes, tout en formant un ensemble. Les individus se reconnaissent dans leur différence, et le groupe qu'ils forment est structuré par cette reconnaissance. On peut dire que le cercle n'intègre plus les individus, mais les liens eux-mêmes de reconnaissance qui se tissaient entre eux avant la formation du cercle politique. Il faut penser l'Europe à partir de la deuxième série. Elle pourra devenir casa «nostra», mais il faudra la «concevoir» en un tout autre sens.

Source

Poster un commentaire
Name 
E-Mail
Commentaire
Entrer le code de l'image

See also:

Objectif : retrouver l'esprit européen

Le 9 mai 1950, Robert Schuman présentait son projet pour la création de l’Europe, devenant l’un des pères fondateurs de l’Union. Pour un héritage mi-figue, mi-raisin.

En Vespa dans la France d'après

6 mai 2007 : Nicolas Sarkozy est élu président. Voici les images du Paris entre fête, déception et indifférence.

Etre ou ne pas être eurosceptique

La menace de l’euroscepticisme plane sur le Vieux Continent. Selon une enquête Eurobaromètre menée en 2006, 54% des Européens voient l’Europe d'un oeil positif, tandis que 34% en ont une impression négative.

L'Eurovision entre terrorisme et drag queen

Inauguré en 1956, soit un an pile avant le Traité de Rome, le concours de l'Eurovision célèbre, de manière parfois kistch, la musique européenne. C’est Helsinki qui abritera la cérémonie, du 5 au 12 mai prochain.

Feux de forêts : une question brûlante

L'Europe se prépare à de nouveaux étés caniculaires ainsi qu’à de probables incendies, alors que se déroule du 13 au 17 mai à Séville, la 4ème Conférence internationale contre les feux de forêt.

Partenaires

Annuaire Ce site est listé dans la catégorie Dictionnaire gratuit