Etre ou ne pas être eurosceptique
De pire en pire. Le dernier sondage Eurobaromètre publié en décembre dernier et relatif à la perception quÂ’ont les Européens de lÂ’UE est éloquente. Sa conclusion, c'est que lÂ’Europe a perdu confiance. Sans surprise, cÂ’est le Royaume-Uni qui caracole en tête des nations eurosceptiques. Fait plus inquiètant : de nouveaux pays, traditionnellement euro-enthousiastes, se sont ralliés à cette défiance à lÂ’égard du ‘machin européenÂ’ : lÂ’Italie, la République tchèque et la Turquie.
Le Royaume-Uni, lÂ’île souveraine/iste?
Année dÂ’entrée : 1973
PIB par habitant : 32 860 dollars
Le cas du Royaume-Uni est le plus flagrant : seule 34% de sa population juge positif le fait d'appartenir à lÂ’Union européenne. LÂ’euroscepticisme des Britanniques est légendaire, et bien quÂ’ils soient de fervents partisans du marché commun et du libéralisme, les Anglais sÂ’opposent fermement à toute centralisation administrative et politique. Les insulaires cultivent également un certain sentiment de supériorité -concernant lÂ’influence politique, la tradition juridique ou la puissance économique de la Grande-Bretagne-, rendant de facto difficile une éventuelle soumission aux règles de lÂ’UE. Historiquement, le Parti travailliste (le Labour) actuellement au pouvoir, penche vers lÂ’euroscepticisme. Néanmoins, le Premier ministre Tony Blair sÂ’est, durant son mandat, montré plutôt partisan de l'Europe. Pour autant, il semble quÂ’il nÂ’a pas vraiment réussi à convaincre ses compatriotes du bien-fondé de lÂ’appartenance à lÂ’Union. Le rejet britannique de Bruxelles et de lÂ’Europe sÂ’exprime notamment au sein de la blogosphère.
Italie, la nouvelle eurosceptique
Année dÂ’entrée : 1957 (membre fondateur)
PIB par habitant : 28 094 dollars
CÂ’est la première fois que la satisfaction des Italiens, habitants de lÂ’un des pays signataires du Traité de Rome, se situe en dessous de la moyenne de lÂ’UE : seuls 47% des habitants de la péninsule pensent que faire partie de lÂ’Union européenne est positif. Le désenchantement actuel des Italiens trouverait ses racines dans leur perception de lÂ’économie actuelle du pays : 69% jugent que le pays se trouve dans une situation critique. LÂ’an passé, ce pourcentage était pourtant plus élevé, flirtant avec les 76%. Toujours selon le même sondage Eurobaromètre, les Italiens considèrent plus globalement que la mondialisation nÂ’a contribué ni au développement de son économie, ni à lÂ’expansion de son marché du travail. 39% des personnes interrogées continuent à la percevoir comme une menace.
La République tchèque conservatrice de Klaus
Année dÂ’entrée : 2004
PIB par habitant : 20 606 dollars
Le cas de la République tchèque, qui est entrée dans lÂ’UE il y a pile trois ans, est paradoxal. Pourquoi, dans un pays fraîchement entré dans le club européen, seule une petite moitié des citoyens pensent que « cÂ’est bien » dÂ’appartenir à lÂ’Union ? LÂ’attitude du chef dÂ’Etat, Vaclav Klaus, un économiste conservateur et eurosceptique, peut en partie expliquer cette méfiance croissante. En 2000, Klaus avait déjà mis en doute lÂ’intérêt dÂ’intégrer lÂ’Union, de peur que lÂ’adhésion ne conduise à une détérioration de lÂ’identité et de la souveraineté tchèque. Même si la Tchéquie n'a recouvré son indépendance que depuis 14 ans. Point positif, peu après son entrée dans lÂ’UE, le pourcentage de Tchèques satisfaits de leur mode de vie a augmenté et sÂ’est maintenu jusquÂ’à aujourdÂ’hui. Pour autant, ce niveau de satisfaction (13%) reste bien inférieur à la moyenne européenne. Une majorité de Tchèques veulent rester optimistes et sont convaincus que les choses vont sÂ’arranger dans les mois à venir. 63% dÂ’entre eux admettent que lÂ’entrée dans lÂ’UE a eu des répercussions positives sur lÂ’économie, comme par exemple lÂ’augmentation de la compétitivité de ses entreprises. Et 50% considèrent ainsi que la mondialisation est une chance pour la République tchèque.
La reconnaissance par le miracle, l'Irlande
Année dÂ’entrée : 1973
PIB par habitant : 38 850 dollars
LÂ’Irlande est le pays qui nourrit le plus dÂ’affection envers lÂ’UE. Presque huit citoyens sur dix se disent heureux dÂ’en faire partie. 87% pensent que lÂ’entrée dans lÂ’Union a été bénéfique pour lÂ’Irlande. Au programme des avantages acquis : augmentation de lÂ’influence au niveau mondial, améliorations de la qualité de vie, du marché du travail et de lÂ’économie en général. Lors de son adhésion, lÂ’Irlande a obtenu dÂ’importants fonds structurels européens quÂ’elle a par la suite investis dans les infrastructures, le travail et lÂ’éducation, contribuant à son ascension rapide dans la seconde moitié des années 90. Symbole des performances du ‘tigre celtiqueÂ’ : le PIB irlandais qui, en 1973 tournait autour de 5 000 euros par habitant, dépasse aujourdÂ’hui les 32 000.
La lassitude turque
Année dÂ’entrée : candidat
PIB par habitant : 7 711 dollars
Dans ce pays qui lutte depuis des années pour entrer dans le club européen, 54% des citoyens sont convaincus qu'une éventuelle adhésion serait une bonne chose. La succession dÂ’obstacles et exigences imposés par Bruxelles semble avoir ébranlé profondément la motivation du peuple turc. Seulement 28% des Européens se disent dÂ’ailleurs favorables à lÂ’entrée de la Turquie dans lÂ’Union : un rejet est vécu comme une humilation par nombre de Turcs. Leur lassitude s'exprime dans les fluctuations de leur désir dÂ’adhésion. En 2005, 55% des Turcs pensaient quÂ’adhérer à lÂ’UE serait bénéfique. En 2006, ce pourcentage est tombé à 44%. Ankara aurait-elle perdu la foi ?
Source des données des PIB par habitants en 2005 (en dollars) : OECD Factbook 2007














