Australie: les Aborigènes attendent des excuses nationales

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L'heure de rendre des comptes a sonné pour les Khmers rouges

2007.11.21 - Monde - Source: WWW.LIBERATION.FR - Commentaires [0]

La police cambodgienne a arrêté hier à Phnom Penh l'ex-président khmer rouge Khieu Samphan, sur ordre du tribunal mis en place sous l'égide conjointe du Cambodge et des Nations unies pour juger les crimes de l'ancien régime. Quatre autres responsables de l'administration du dictateur Pol Pot (1975-1979) ont déjà été arrêtés ces dernières semaines et inculpés de crimes contre l'humanité, de génocide ou de crimes de guerre.

 
   
   
 

Pourquoi le mouvement vers un procès s'accélère-t-il ?

Pour des raisons politiques, économiques et administratives. Politiques d'abord, puisque l'homme fort du Cambodge, le Premier ministre Hun Sen - qui a lui-même été du côté des Khmers rouges avant de leur tourner le dos en 1977 -, semble désormais résolu à permettre la tenue du procès de ses anciens alliés.

Economiques ensuite, car le budget alloué par l'ONU aux «chambres extraordinaires au sein des tribunaux cambodgiens» (nom officiel du tribunal international), d'un montant de 56,3 millions de dollars (environ 38,5 millions d'euros), couvre la période 2006-2009 et qu'une rallonge sera bientôt nécessaire. Difficile à obtenir sans procédure en cours.

Pour des raisons administratives enfin : le 13 juin, les juges cambodgiens et internationaux se sont enfin mis d'accord sur une centaine de règles de fonctionnement. L'adoption d'un règlement intérieur permet aux procureurs de transmettre les dossiers aux juges d'instructions. Les premiers procès sont attendus début 2008.

Comment est organisé le tribunal, et qui reste-t-il à juger ?

Depuis le 29 avril 2000, date à laquelle un accord de principe est intervenu entre le Cambodge et les Nations unies pour la mise en place d'un tribunal commun, et l'arrestation de Khieu Samphan, hier, d'innombrables séances de négociations ont été nécessaires.

En août 2001, le roi, Norodom Sihanouk, officialisait la création d'une cour spéciale mixte, cambodgienne mais «à caractère international».La cour est composée de 29 magistrats (12 internationaux - dont les Français Jean-Marc Lavergne et Marcel Lemonde - et 17 Cambodgiens). Elle ne peut juger que les personnalités encore en vie, et la peine de mort ne sera pas requise. Les procès pourraient durer trois ans. Il reste que, trente ans après les faits, la juridiction est plus morale que pénale puisque la plupart des tortionnaires sont déjà morts et que les survivants ont une moyenne d'âge qui flirte avec les 80 ans. Incarcérés, Ieng Sary, ex-ministre des Affaires étrangères, et sa femme, Ieng Thirith ; Nun Chea, idéologue des purges ; Kang Kek Ieu (dit Douch), chef d'un centre d'interrogatoires ; et Khieu Samphan devraient être traduits en justice.

Pourquoi a-t-on tant traîné ?

Le jugement des responsables de la mort d'au moins 1,7 million de Cambodgiens - un quart de la population - est longtemps resté embarrassant pour une large partie de la classe politique qui a eu des liens avec les Khmers rouges. Ainsi le Premier ministre, Hun Sen, a-t-il auparavant qualifié un tribunal international de «diktat judiciaire imposé au Cambodge». Les membres de son Parti du peuple cambodgien (PCC, ex-communiste) n'aiment d'ailleurs pas que des juges étrangers fourrent leur nez dans les «affaires intérieures» du pays.

Le roi, Norodom Sihanouk, a, pour sa part, régné brièvement au début de l'ère khmère rouge, tandis que la Chine était la grande alliée de Pol Pot et que personne ne veut faire le procès du puissant voisin. Les Etats-Unis eux-mêmes, qui ont considéré un temps les Khmers rouges comme des partenaires contre le Vietnam à l'époque prosoviétique, n'étaient pas enclins à accélérer la justice. Quant à l'ONU, elle a permis aux Khmers rouges de garder leur siège à New York bien après qu'ils eurent été chassés de Phnom Penh.


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