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Haro sur Borloo et la TVA sociale

2007.06.20 - Politique - Source: WWW.LIBERATION.FR - Commentaires [0]

Un bouc émissaire. Frustrés d'un tsunami sarkozyste, de nombreux militants UMP sont tentés d'en rendre responsable le ministre de l'Economie et des Finances après sa sortie sur la «TVA sociale». «Il y a une vraie colère», confirmait-on hier dans les couloirs de l'UMP. Le 10 juin, au soir du premier tour, Jean-Louis Borloo, questionné avec insistance par Laurent Fabius sur la TVA sociale, avait répondu qu'il allait «regarder l'ensemble des sujets, y compris, comme nos amis allemands, l'éventualité de la TVA».

«Cher». En se fondant sur les estimations réalisées au soir du premier tour, certains élus estiment que cette polémique a privé de leur siège près de 80 candidats de droite, ce qui, comme le dit un député UMP, «fait un peu cher le point de TVA». A l'Elysée, le secrétaire général, Claude Guéant, a été assailli, entre les deux tours, de coups de téléphone de candidats UMP affolés par les réactions de leurs électeurs sur la TVA sociale. Hier soir, Borloo était reçu par Sarkozy. A l'UMP, certains spéculaient sur une possible mutation du ministre gaffeur. D'autant que son style semble quelque peu dérouter les services de Bercy. Nadine Morano, réélue en Meurthe-et-Moselle, a mesuré les dégâts de la TVA sociale : «J'ai envoyé un SMS à Fillon quand je faisais du porte-à-porte pour lui dire de faire quelque chose. Cette histoire de TVA sociale était incompréhensible. Les socialistes en ont profité pour pondre un tract assassin sur le pouvoir d'achat. Chez moi, c'est populaire : il y a des ouvriers, des employés. Les gens ont pris peur. Quand Nicolas Sarkozy a fait son communiqué, c'était trop tard. En une semaine, j'ai perdu 6 points.» Dans l'Essonne, Georges Tron estime qu'il y a eu, dans les quartiers populaires, «un effet conjugué de ce débat surréaliste sur la TVA sociale et l'absence de coup de pouce sur le Smic.» Michel Bouvard (Savoie) regrette lui aussi cette «maladresse» : «Il n'était pas opportun d'évoquer cette affaire-là entre les deux tours.» Toutefois, pour le député, le sujet n'est «pas un tabou» : «Ce n'est pas parce que la TVA sociale a provoqué une crise qu'il faut jeter le bébé avec l'eau du bain. Il faudra y revenir, après avoir dialogué avec les partenaires sociaux.»

«Trouble profond». C'est Renaud Dutreil, adversaire notoire de Borloo, qui cogne le plus fort. Le ministre de l'Economie «devra s'expliquer sur cette erreur majeure de communication», a estimé dimanche soir l'ex-ministre des PME. Interrogé par Libération, Dutreil estime que Borloo s'est exprimé de manière «floue et imprécise», ce qui a «jeté un trouble profond» dans l'électorat. Une «erreur de pédagogie» qui va à l'inverse «de la clarté et de la précision de la méthode Sarkozy». Un proche de Borloo, consterné par «les méthodes de voyous et le manque de dignité» de ceux qui tentent de faire porter le chapeau au ministre de l'Economie, souligne que ce dernier n'a rien fait d'autre que répéter que l'instauration d'une TVA sociale serait «mise à l'étude», comme le dit le projet UMP et comme l'ont répété les leaders du parti pendant la campagne présidentielle. Et le même de faire remarquer que «ce n'est pas Jean-Louis Borloo qui a évoqué une hausse de 5 %». De fait, c'est le Premier ministre, François Fillon, qui, entre les deux tours, a avancé sur France 2 que l'ordre de grandeur «pourrait être de 5 points». Pour tenter de désamorcer la polémique, il avait ajouté : «Au fond, il ne faut pas parler de TVA sociale, il faut parler de TVA antidélocalisations.» Mais le mal était fait. Et cette déclaration n'a sans doute pas moins pesé que celle de Borloo auprès des électeurs.

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