Sarkozy brouilleur de pistes
L'ouverture lui réussit. Jamais la popularité de Nicolas Sarkozy n'a été aussi forte que depuis qu'il s'applique à «faire bouger les lignes». Deux Français sur trois (67 %) ont de lui une image positive, selon un sondage LH2 pour Libération (1) . Dix points de mieux qu'il y a deux mois !
«Ethique politique». Empruntée à un François Bayrou qui, tout au long de la campagne présidentielle, a joué de sa puissance évocatrice, l'expression «faire bouger les lignes» n'enthousiasme plus guère les responsables politiques, de gauche comme de droite. Pour incarner le rassemblement républicain, le chef de l'Etat confie aux adversaires d'hier des postes convoités par ses amis. Les Français apprécient qu'on prétende transcender les clivages partisans. Mais, sur tout l'échiquier, on s'inquiète de la systématisation d'une pratique jugée contraire à l' «éthique politique». Première cible de l'ouverture, Eric Besson avait été contacté par Nicolas Sarkozy avant l'élection présidentielle. «Je connais tes travaux, tes écrits et tes propositions [.] je considère qu'il serait dommage que tu renonces à la vie politique nationale [.]. Pour ma part, j'ai décidé de rassembler le maximum de Français et de responsables politiques autour de mon projet», lui écrivait le 18 avril, le candidat UMP. Trois jours plus tard, veille du premier tour, les deux hommes se rencontrent : «Nicolas Sarkozy a passé beaucoup de temps à m'expliquer l'ouverture. Il avait déjà pas mal de noms en tête», raconte Eric Besson. Ce soir-là, l'ex-socialiste dit oui. La sirène de l'ouverture l'avait déjà séduit le 14 janvier quand Sarkozy, dans son discours d'investiture, demandait aux militants UMP de le laisser «libre d'aller vers les autres», y compris vers ses adversaires. «Le rôle des ministres d'ouverture, ce n'est pas d'aider à tirer sur la ceinture pour faire passer des sacrifices», assure le secrétaire d'Etat à la Prospective.
«Connerie titanesque». Candidat à sa propre succession à la mairie de Donzère (Drôme), Eric Besson y conduira une «liste d'ouverture», comme le maire de Mulhouse, l'ex-socialiste Jean-Marie Bockel. Besson estime que l'amorce d'autocritique au PS confirme ce qu'il dénonçait dans son réquisitoire Qui connaît Madame Royal ?. Il s'apprête à lancer son cercle progressiste, un club censé accueillir ceux qui, à gauche, souhaitent participer «à l'aventure présidentielle» et rejettent la «connerie titanesque» qui consiste à croire qu'êt re de gauche, «c'est lutter contre la mondialisation». Avec les belles prises que sont Bernard Kouchner, Martin Hirsch ou encore Fadela Amara, Sarkozy a démontré que le débauchage individuel était possible. Mais il ne réussit pas à tous les coup : relancé trois fois, dont une fois par le chef de l'Etat en personne pour s'installer au ministère de la Défense, Jean-Yves Le Drian, président de la région Bretagne a refusé trois fois. Manuel Valls, spécialiste des questions de sécurité, a eu droit à trois-quarts d'heure de drague de Sarkozy à l'Elysée. «Il y a une incontestable volonté de débauchage et d'affaiblissement de la gauche. Lui la théorise ainsi : nous sommes dans un moment particulier, comme en 1958. Cela exige que les hommes de bonne volonté travaillent ensemble», raconte l'ancien conseiller de Lionel Jospin à Matignon. Convaincu que «brouiller les pistes, c'est mettre la démocratie en danger», Manuel Valls a refusé d'entrer au gouvernement. «On peut avoir ce genre de discussion quand on est sûr de ses convictions. Si on est hésitant vous savez comme cela se termine», ironise-t-il.















