Sarkozy cause une «grosse frayeur» à ses ministres en les souhaitant à plein temps
Pour les ministres, la réforme de la Ve République voulue par Nicolas Sarkozy a commencé par «une grosse frayeur», dixit un intéressé. A la lecture de la lettre envoyée le 12 novembre, par le chef de l'Etat au Premier ministre, plusieurs membres du gouvernement Fillon ont avalé leur croissant de travers.
Crisper. Tout en invitant l'hôte de Matignon à engager la «consultation des forces politiques», Nicolas Sarkozy précise ce qui dans le rapport du comité Balladur sur la modernisation des institutions mérite, selon lui, d'être retenu. Sur la soixantaine de propositions jugées sarko-compatibles, une a plus précisément focalisé l'attention des ministres. Pour cause, puisque le passage en question est de nature à modifier radicalement leurs stratégies municipales : «Je suis favorable, écrit en effet le Président, à la proposition du comité consistant à interdire le cumul d'une fonction ministérielle avec tout mandat électif, à tout le moins avec tout mandat exécutif.» Traduction : un ministre élu conseiller municipal ou «à tout le moins» maire, devrait choisir entre conserver son portefeuille et piloter sa ville.
De quoi crisper un bon tiers du gouvernement, engagé ou sur le point de l'être dans la bataille des municipales. A commencer par les plus téméraires comme le porte-parole du gouvernement Laurent Wauquiez, tête de liste UMP au Puy-en-Velay (Haute-Loire), le secrétaire d'Etat à la Consommation, Luc Chatel, candidat UMP à Chaumont (Haute-Marne) ou Nathalie Kosciusko-Morizet (Ecologie) à Longjumeau (Essonne). Ceux-là qui savent leur victoire aléatoire avait posé leur condition : d'accord pour mouiller la chemise aux municipales mais à la condition expresse qu'une défaite ne leur coûte pas leur poste. Après avoir plaidé leur cause à l'Elysée, François Fillon avait donné toutes les garanties souhaitées. Et voilà qu'ils apprennent qu'une victoire pourrait leur être tout aussi fatale.
Laurent Wauquiez, premier à découvrir les termes de la lettre présidentielle sur les institutions, a aussitôt sondé ses collègues. Tous tombent des nues. Un conseiller raconte : «Personne ne nous avait prévenus de rien. Sur le coup, ça a été un peu fort, émotionnellement parlant.» Un autre confirme : «La question de la compatibilité des mandats n'avait jamais été abordée.» Mercredi, après le Conseil des ministres, le porte-parole du gouvernement s'est entretenu une heure durant avec le secrétaire général de l'Elysée, Claude Guéant.














