Rasmussen balance même son employeur

Rasmussen balance même son employeur

Le coureur cycliste danois s'était soustrait à des contrôles anti-dopage inopinés. Lire l'article

Le suspect est encore en jaune

2007.07.23 - Sports - Source: WWW.LIBERATION.FR - Commentaires [0]

C'est énorme : le maillot jaune Michael Rasmussen a pris, vendredi matin, le départ de la douzième étape du Tour, à Montpellier. Le fait que ce soit un événement montre que le vélo a toujours un Tour d'avance, en matière de farce. Non qu'il faille en vouloir au Danois. Il s'est d'ailleurs dit «cool et détendu» et a estimé que «tout ça prend des proportions exagérées». Il y avait une mêlée pas possible autour du bus des Rabobank. Un photographe avait du sang sur le nez. Les flics ont escorté Rasmussen jusqu'à la ligne, pour le protéger de la meute médiatique. Et tout ça pourquoi ? Tout ça pour rien.

 
   
   
 

Deux contrôles. Le cirque a commencé jeudi soir. Vers 22 h 30, on apprenait que la fédé danoise écartait Rasmussen de sa sélection nationale pour les championnats du monde (en septembre) et les JO de Pékin l'an prochain. Motif : il a évité deux contrôles antidopage inopinés, les mois derniers, en ne donnant pas sa localisation à l'entraînement. La fédé «ne dit pas que Michael est positif, mais il y a de nombreux points d'interrogation sur son comportement et son attitude», a expliqué son directeur général, Jesper Worre, à une télé danoise. Rasmussen plaide «l'erreur administrative». Il aurait mis les infos à la poste mais elles ne seraient pas arrivées à temps. «J'ai envoyé la lettre», affirme-t-il. Tout serait donc la faute de la poste du Mexique, où il s'entraîne discrètement ? Certains n'y croient pas. C'est que l'affaire tombe sur Rasmussen, dit «Chicken» pour ses maigres pattes de poulet. En fait un poussin jaune, qui sort de sa coquille chaque été pour coller des démarrages pas possibles dans les cols français. Ce Calimero des cimes a déjà reçu, en mars 2006, un avertissement de l'UCI pour un manquement identique. Voilà un garçon bien distrait. Du coup, le directeur du Tour, Christian Prudhomme, a convoqué la presse, vendredi matin. Allait-il virer Michael Rasmussen ? Que nenni. Car on ne peut rien lui reprocher. Selon Prudhomme, Rasmussen a été averti par l'UCI, le 29 juin, pour «défaut de localisation lors de contrôles inopinés», les 8 mai et 28 juin. Une troisième défection aurait été considérée comme un contrôle positif. Apparemment, ça ne s'est pas produit. Mais ce qui chiffonne Prudhomme, c'est le timing. Pourquoi le président de la fédération danoise «a-t-il attendu le 19 juillet au soir pour donner ces éléments qu'il avait fin juin ? A qui profite le crime ?»

Vacherie. Prudhomme ne cite personne, mais vise l'UCI, avec qui ASO, l'organisateur du Tour, est en guerre. Car ASO refuse de participer au ProTour, le circuit de courses mis en place par l'UCI depuis trois ans. L'affaire Rasmussen est à replacer dans ce contexte : l'UCI ferait une petite vacherie au Tour pour lui porter préjudice. Son président, Pat McQuaid, s'en est défendu hier : «Ce qui a été fait ne l'a pas été pour discréditer le Tour. Le timing [de l'annonce] n'était pas bon.» Précisant : «Il n'y a aucune preuve de dopage», Prudhomme s'interroge pourtant : «Y a-t-il des informations postérieures qui expliqueraient cette sanction ?» En clair, un contrôle positif, pas encore officiel, qui amènerait la fédé danoise à prendre les devants. «Qu'ils donnent ces éléments !», demande le patron du Tour. A défaut, Rasmussen continue le Tour. Un rien provoc', il s'étonne du barouf. «J'ai fait une erreur. Je l'assume. Je suis surpris que cela sorte maintenant. C'est une affaire mineure. Je connais un autre cycliste dans le peloton qui a reçu un avertissement comme moi. Mais je n'ai pas été testé positif ! Je n'ai rien fait de mal.» D'ailleurs, Rasmussen a subi trois contrôles sanguins négatifs (30 juin, 5 et 17 juillet). Hier matin, 42 coureurs ont été testés de façon inopinée. Tous négatifs, ce qui porte à 171 le nombre de tests pratiqués depuis le départ de Londres. La seule annonce de dopage présumé pendant ce Tour concerne le coureur allemand Patrik Sinkewitz, de l'équipe T-Mobile (lire ci-dessous). Du dopage ? Le public s'en fiche, ou en rigole. Il y a tellement longtemps que ça fait partie intégrante de la course. Kilomètre 33, hier, une pancarte : «Ici, vente directe d'EPO.» Kilomètre 48 : «Le pot belge en vente à la source.» Mais ces sarcasmes restent marginaux. Tant que des 2CV Cochonou balancent du saussiflard dans le public sans qu'il le leur renvoie à la tronche, le Tour, ce grand barnum, est éternel. A l'arrivée à Castres, Tom Boonen (de l'équipe Quick Step) a estimé qu'on a fait «du sensationnalisme» avec l'affaire Michael Rasmussen. Juste avant, le Belge avait gagné sa deuxième étape au sprint.

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