Rasmussen balance même son employeur

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Real madré

2007.06.18 - Sports - Source: WWW.LIBERATION.FR - Commentaires [0]

Début mars, le Real Madrid subit une défaite retentissante contre le Bayern Munich et se fait sortir de la Ligue des champions en huitièmes de finale. Le «meilleur club du XXe siècle» (selon la Fifa) a le moral dans les chaussettes. Le FC Barcelone, son grand rival, le distance largement dans le championnat. Le président, Ramón Calderón, sur le fil du rasoir, promet de mettre à la porte l'entraîneur italien Fabio Capello. Ce dernier, bougon impénitent, critique et insulte publiquement plusieurs de ses joueurs. Trois mois et demi plus tard, c'est l'esprit de fête qui l'emporte.

 
   
   
 

Résurrection. Ce dimanche, à l'occasion de l'ultime journée de Liga, le Real Madrid sera sacré champion d'Espagne s'il l'emporte à domicile contre Majorque, une équipe plutôt modeste. Pour le club, l'avance serait certes très courte vis-à-vis du Barça de Ronaldinho, mais suffisante pour emporter son 30e titre national (un record en Europe) et soulever son premier trophée depuis trois ans ­ une période de «sécheresse» inédite pour le Real Madrid. Comment une telle résurrection a-t-elle été possible, alors que les supporteurs du club merengue (pour la couleur du maillot, blanc meringue) préparent déjà une immense fête sur la place de Cibeles, en plein centre de Madrid ? Jusque-là sur un siège éjectable, Capello pourrait être maintenu dans ses fonctions, à la demande des socios (1). Roberto Carlos et David Beckham, sur le départ, respectivement au Fenerbahçe turc et au Galaxy californien, jouent mieux que jamais et regrettent de s'en aller. La presse dit ne pas avoir vu une telle euphorie depuis plusieurs saisons. Quel que soit le résultat face à Majorque, la transformation du Real Madrid a été spectaculaire. Le déclic s'est produit en début d'année. L'équipe était jusqu'ici méconnaissable. Son style offensif et plein de panache ­ dont Zidane a été le symbole ­ a laissé place à un jeu défensif et pingre propre à Fabio Capello. Les résultats ne suivant pas non plus, la direction en rejette alors l'entière responsabilité sur l'entraîneur italien. Recruté à prix d'or (4,5 millions d'euros par an), l'Italien est difficile à renvoyer en cours de saison, tant les indemnités prévues sont colossales. «C'est là que Capello a été malin, souligne un chroniqueur du journal sportif As. Ce n'est pas un entraîneur très perspicace, mais il est astucieux. Il a joué au martyr face à la direction, de sorte que ses joueurs l'ont perçu comme un des leurs. Il a perdu du poids au sein du club, mais il en a gagné à l'intérieur du vestiaire.» La formule fonctionne. Les joueurs retrouvent une folle motivation et forment un groupe uni. Roberto Carlos, qui compte onze saisons au club, l'atteste : «Jamais je n'ai vécu une ambiance aussi soudée. On se bat comme des diables jusque dans les dernières minutes.» De fait, le Real multiplie les victoires à l'arraché. Les nouveaux venus ­ les Brésiliens Robinho, Cicinho et Marcelo, les Argentins Gago et Higuain ­ s'adaptent à merveille. Quant à l'attaquant néerlandais Van Nistelrooy, il est devenu le meilleur buteur en Espagne. Depuis la défaite face au Bayern Munich, le 7 mars, les merengue ont gagné neuf des douze matchs de championnat. Est-ce pour autant la fin du Real Madrid «galactique» ? «Certainement pas», répond le président Ramón Calderón. A la tête d'un des trois clubs les plus riches du monde (300 millions d'euros de chiffre d'affaires, 850 employés), il est conscient que les bénéfices issus du merchandising exploitant l'image des stars sont devenus indispensables.

Folie des grandeurs. Depuis 2001, le budget recrutement est passé de 40 à 150 millions d'euros, les salaires ont crû de 60 à 161 millions d'euros. Pas question donc de modifier une stratégie économique à succès. Après les départs de Figo, Zidane ou Ronaldo sont arrivés Cannavaro et Emerson, aux émoluments identiques ­ 6 millions d'euros par an. Pour la prochaine saison, le Real lorgne avidement Kaká et Cristiano Ronaldo. La folie des grandeurs s'est maintenue. En décembre, le Real a d'ailleurs signé des contrats télé records, à hauteur d'un milliard d'euros pour cinq ans. Le vrai changement du Real tient à la gestion du pouvoir. Lorsque Florentino Pérez était aux commandes, jusque début 2006, la direction était omnipotente. «Pérez voulait tout contrôler, et ne savait pas écouter», se souvient l'ancien directeur sportif Arrigo Sacchi. Juan Onieva, un ex-vice président, confirme : «Avant, la direction n'en faisait qu'à sa tête et faisait valser joueurs et entraîneurs. Depuis cet hiver, c'est le vestiaire qui commande.» Pas étonnant que la motivation soit aujourd'hui au rendez-vous. (1) Les supporteurs du Real détiennent une part du capital.

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